Retour sur le dévoilement de l’étude « Énergie solaire photovoltaïque dans le mix énergétique québécois – Analyse et perspectives »

Lumière sur l’énergie solaire photovoltaïque au Québec et son brillant futur

Nergica a rendu publique la première étude approfondie sur le potentiel et le rôle que peut jouer l’énergie solaire photovoltaïque (PV) dans le mix énergétique québécois le 13 mai 2021. Cette étude met en lumière les bons coups et les échecs au Canada, au Québec et ailleurs dans le monde, pour en tirer des recommandations sur la manière d’insérer la filière solaire PV en tenant compte des particularités de la province québécoise.

Cet ouvrage de référence souhaite notamment contribuer à structurer la filière solaire PV au Québec, ainsi qu’à développer un marché et une chaîne de valeur. L’étude s’adresse aux décideurs politiques et réglementaires, à l’industrie solaire photovoltaïque et également aux acteurs du milieu de la recherche et utilisateurs potentiels des technologies solaires.

La réalisation de cette étude a été rendue possible grâce au soutien financier de Développement Économique Canada pour les régions du Québec, et vise à promouvoir la transition énergétique. Alors qu’à travers le monde, l’énergie solaire photovoltaïque gagne du terrain – la puissance cumulée mondiale des installations solaires PV représentait près de 23 % de la production mondiale d’énergie de sources renouvelables en 2019 – le Québec traîne à adopter cette technologie. Mais la province a tout à gagner !

Lors du lancement, les faits saillants de l’étude ont été présentés par le chargé de projet principal, et des panels thématiques avec 10 expert.e.s ont permis d’échanger à propos du brillant avenir du solaire PV. Le solaire au Québec a continué de scintiller en après-midi lors des séances de réseautage Braindate avec plusieurs membres de l’industrie.

Le Québec a du potentiel (solaire) !

Bien que cela puisse surprendre, le Québec jouit de conditions d’ensoleillement similaires à celles du Japon et de l’Allemagne, qui sont des leaders mondiaux en énergie solaire PV. Les singularités territoriales de la province québécoise, avec des régions géographiquement isolées telles que le Nunavik et les Îles-de-la-Madeleine, représentent des opportunités d’installations de modules solaires afin de réduire l’utilisation de combustibles fossiles que ces régions non reliées au réseau électrique consomment présentement.

L’énergie solaire PV pourrait donc prendre de l’importance dans le mix énergétique québécois, et pour y arriver le Québec doit créer dès maintenant un environnement favorable pour stimuler le développement de la filière solaire. C’est l’occasion de créer une chaîne de valeur comme cela a été fait avec l’éolien, d’autant plus que le solaire PV est de plus en plus compétitif.

En effet, « le coût des technologies solaires PV a chuté de 85 % au cours des 10 dernières années, ce qui en fait une énergie concurrentielle et d’autant plus intéressante pour le Québec. Le solaire aura d’ailleurs un coût comparable, sinon plus bas que les autres énergies renouvelables disponibles au Québec, à l’horizon 2030 » comme l’a souligné Karim Belmokhtar, chargé de projet principal recherche et innovation chez Nergica lors de la présentation d’ouverture du lancement de l’étude.

Le solaire possède également l’avantage d’être facile à déployer et à opérer, contrairement à d’autres ressources comme l’hydroélectricité ou l’éolien qui nécessitent une logistique et des installations plus complexes.

La conclusion de l’étude est claire : le Québec détient un fort potentiel d’énergie solaire pour l’instant inexploité. Ainsi, le solaire a sa place dans le mix énergétique québécois, et ce, dans un nombre grandissant de domaines. Ce message a résonné tout au long de la journée et a été appuyé et illustré lors des panels auxquels 10 expert.e.s ont participé.

 

Panel 1 – Quelle place pour le solaire au Québec aujourd’hui et aux horizons 2030 et 2050 ?

Panélistes :

Philippe Dunsky, président, Dunsky expertise en énergie
– Gabriel Durany, président-directeur général, Association québécoise de la production d’énergie renouvelable
– François Morin, directeur-développement, Innergex
– Josée Pilon, Chef – Planification projets de développement – Énergies, Hydro-Québec

Dans un contexte de déficit énergétique anticipé pour 2026 et de transition énergétique, le solaire représente un fort potentiel.  Les panélistes rassemblés dans le cadre du lancement de l’étude visaient à stimuler la discussion sur l’avenir du secteur de l’énergie solaire photovoltaïque au Québec, comme l’une des solutions de la transition énergétique.

Selon Philippe Dunsky, le solaire n’a pas encore décollé au Québec puisqu’actuellement le coût de l’électricité est faible, qu’il n’y a pas d’urgence à investir dans des nouvelles technologies puisqu’il y a un surplus énergétique, et que l’énergie hydroélectrique produite au Québec est déjà relativement verte. De plus, l’éolien est plus compétitif à court terme. Toutefois, le solaire aurait une place à se faire au Québec dans les prochaines années.

François Morin est également convaincu que le solaire est prometteur. Il affirme que la création d’une chaîne de valeur va être un des défis du développement du solaire au Québec. Comme mis de l’avant par Gabriel Durany, la recherche doit encore faire son chemin pour consolider la filière solaire. De plus, la diminution des coûts des modules PV est un bon coup de pouce pour encourager le solaire et atteindre les objectifs de carboneutralité fixés par les gouvernements. Gabriel Durany souligne cependant qu’il manque des encouragements et des bénéfices financiers pour propulser le solaire au Québec. En effet, les frais liés à l’installation sont un frein pour plusieurs, et les économies faites grâce à l’autoproduction peu convaincantes pour le moment. La nécessité d’adapter le cadre réglementaire québécois a également été évoquée.

Selon Josée Pilon, il existe deux autres grands défis auxquels le solaire va devoir faire face afin de gagner du terrain dans la province et le cœur de la population : le recyclage des modules PV et l’acceptabilité sociale. Ces deux points ont souvent été négligés mais gagneraient à être considérés selon Mme Pilon qui a coordonné la construction des centrales solaires d’Hydro-Québec à La Prairie et à Varennes. Une autre idée avancée par Josée Pilon est de miser sur la valorisation de terrains, tels que les bords de route, les zones proches des aéroports et les friches industrielles, pour y installer des centrales solaires.

 

Panel 2 – Le potentiel de l’énergie solaire PV pour les réseaux autonomes

Panélistes:

– Olivier Arsenault, ingénieur – Planification, Direction Réseaux autonomes, Hydro-Québec Distribution
– Jean-Michel Leblanc, chargé de projet efficacité et développement énergétique, Municipalité des Îles-de-la-Madeleine
– Yves Poissant, gestionnaire de recherche et spécialiste principal – Technologies solaires photovoltaïques, CanmetÉNERGIE, Ressources naturelles Canada

Dans les milieux isolés, de nombreuses collectivités dépendent de centrales thermiques au diesel puisqu’elles sont dans l’impossibilité d’être reliées au réseau d’électricité. Elles produisent ainsi annuellement environ 223 000 tonnes de GES. L’intégration de l’énergie solaire est donc particulièrement appropriée et bénéfique pour de tels milieux.

Les trois panélistes ont mis de l’avant les particularités des projets réalisés pour les réseaux autonomes, qui ne sont pas toujours évidents à piloter et peuvent surprendre. L’importance d’impliquer la communauté dès le début de la gestion du projet a été soulignée comme étant cruciale. Jean-Michel Leblanc a mis l’accent sur le cercle vicieux qui limite les installations d’éoliennes et de modules solaires dans des zones géographiques isolées telles que les Îles-de-la-Madeleine : le manque de main-d’œuvre qualifiée et l’importation nécessaire de matériaux ralentit l’implantation de ces technologies.  Ces singularités lors de la réalisation de projets dans d’autres régions isolées ont été confirmées par les autres panélistes. Les retombées énergétiques, environnementales et sociales valent cependant la peine de relever ces beaux défis !

L’absence d’un marché solaire québécois explique l’accès difficile aux matériaux et la rareté du personnel possédant l’expertise nécessaire. Jean-Michel Leblanc et Olivier Arsenault ont cependant souligné que le solaire est bien vu au Québec. Il n’en demeure pas moins que certaines difficultés se dressent parfois en cours de route, à commencer par le choix d’un terrain ou de toits pour installer des modules. Un défi qui prend une toute autre ampleur au Nunavik où de nombreux habitants ne sont pas propriétaires de leur logement. Le choix des terrains représente également un défi de taille puisque ceux-ci doivent répondre à de nombreux critères incluant l’ensoleillement, le relief, les travaux d’aménagement nécessaires, et la distance par rapport aux habitations.

La variabilité de la production des installations solaires (ou éoliennes) due à la saisonnalité et aux conditions météorologiques, implique que l’installation de systèmes de stockage est requise pour remplacer les combustibles fossiles dans les milieux autonomes. « Le coût des installations peut alors doubler », affirme Yves Poissant qui ajoute cependant qu’un des intérêts du solaire est d’être modulable et la taille du système peut être facilement adaptée aux besoins.

 

Panel 3 – L’autoproduction d’énergie solaire PV pour le secteur des bâtiments résidentiels et commerciaux

Panélistes:

– Patrick Goulet, président, Énergie solaire Québec
– Jean-François Jaimes, directeur Développement et énergie renouvelable, Énergir
– Mike Perrault, président, Rématek Energie

La tendance mondiale est à la décentralisation de la production d’énergie, comme le constate Jean-François Jaimes. L’absence d’incitatifs financiers tels que des crédits d’impôts est un élément qui a été réitéré par de nombreux panélistes. Ce manque d’aide financière se fait tout particulièrement ressentir dans le cadre d’installations pour bâtiments résidentiels ou commerciaux pour lesquels les bénéfices économiques et écologiques sont moindres en transitionnant vers l’énergie solaire depuis l’hydroélectricité distribuée par le réseau. Jean-François Jaimes indique également que des appels d’offres pourraient aider à bonifier la chaîne de valeur du solaire. L’énergie solaire PV va donc gagner en popularité pour les applications résidentielles et commerciales, à condition que l’efficacité des modules, le stockage, le contrôle et la gestion continuent de s’améliorer, suggère Jean-François Jaimes.

La recherche a également du pain sur la planche dans le cadre d’installation de modules PV pour des bâtiments reliés au réseau. Mike Perrault affirme que les premières réussites du solaire au Québec telle que la bibliothèque de Varennes avec panneaux intégrés augmentent la confiance, et va ainsi faire naître d’autres projets en enlevant des barrières au développement de cette technologie.

Ce type de projet pionnier ouvre également la porte à plus de recherche et d’innovation pour convenir aux besoins et exigences des clients. C’est pourquoi Patrick Goulet a orienté le projecteur sur les systèmes photovoltaïques intégrés aux bâtiments (PVIB), dont les coûts sont en baisse, et qui répondent à de nombreuses contraintes et nécessités. Il conseille également aux potentiels futurs autoproducteurs de contacter Hydro Québec dès le début de leur projet afin de planifier au mieux leur installation, et de connaître les possibilités et bénéfices qui s’offrent à eux.


L’énergie solaire fait partie de la solution au Québec

Cette énergie représente un outil de plus pour la transition énergétique du Québec, car elle offre des bénéfices économiques et énergétiques intéressants dans plusieurs créneaux, dont l’électrification des réseaux autonomes et l’autoproduction résidentielle et commerciale.

Le solaire PV est appelé à croître au Québec au cours des prochaines années, et est un atout au mix énergétique québécois. Qui plus est, l’énergie solaire PV combinée à l’hydroélectricité et à l’éolien pourrait permettre au Québec d’atteindre sa cible de réduction de GES de 37,5 % en 2030 sous les niveaux de 1990, et placer la province parmi les leaders nord-américains dans le domaine des énergies renouvelables.

“Il faut lancer la machine et ça va s’en venir !” comme a déclaré François Morin avec enthousiasme et conviction.

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Étude « Énergie solaire photovoltaïque dans le mix énergétique québécois – Analyse et perspectives »

Enregistrement des trois panels d’experts

Lectures complémentaires:

Le Québec a intérêt à miser sur le solaire, conclut un rapport – Le Devoir, mai 2021

Le Québec n’a pas le choix de se tourner vers l’énergie solaire – Journal 24h, mai 2021

Le solaire photovoltaïque aussi concurrentiel qu’Hydro-Québec d’ici 2030 – Les Affaires, mai 2021

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