Transition énergétique : à la rencontre de Brandy Giannetta

Cette série pancanadienne d’entrevues avec des experts de leur domaine offre un aperçu du déploiement des énergies renouvelables d’un bout à l’autre du Canada et des mesures prises pour que le pays atteigne la carboneutralité.

Nous vous présentons ici un entretien avec Brandy Giannetta, vice-présidente, Politiques publiques, affaires gouvernementales et réglementaires de l’Association canadienne de l’énergie renouvelable (ACER), au sujet de la transition énergétique en Ontario et de l’importance des politiques pour la mise en œuvre des énergies renouvelables.

Faisons d’abord un rappel des cibles définies par le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’Ontario en ce qui a trait à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.


Référence : Pembina report 2021 All hands on deck

Nergica : Pourriez-vous nous en dire un peu plus au sujet de l’Association canadienne de l’énergie renouvelable?

Brandy Giannetta : L’Association canadienne de l’énergie renouvelable (ACER) est l’association nationale des secteurs de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire et du stockage de l’énergie. Nous sommes actifs partout au Canada; nous sommes les défenseurs des environnements politiques et réglementaires favorables à l’énergie éolienne, l’énergie solaire et le stockage de l’énergie. Notre mandat est plutôt vaste. Nous sommes le résultat d’un regroupement des anciennes Association canadienne de l’énergie éolienne et de l’Association des industries solaires du Canada, qui ont été fusionnées pour créer notre association pas plus tard que l’année dernière, et le stockage de l’énergie a été ajouté pour compléter ces technologies. À titre d’organisation fondée sur l’adhésion, nous faisons la promotion de ces technologies au nom de nos membres, notamment auprès des grands services publics de production d’électricité, ainsi qu’au niveau de la distribution et des applications de plus petite envergure « derrière le compteur ».

L’ACER compte plus de 300 entreprises membres, notamment un échantillon représentatif de sociétés multinationales qui conçoivent, construisent, détiennent ou exploitent des installations de production d’électricité au Canada et des installations de stockage d’énergie, ainsi que des fournisseurs de technologies, comme des fabricants d’équipement d’origine et une vaste gamme de prestataires de services liés à la chaîne d’approvisionnement, comme des services environnementaux, des services juridiques et des technologies financières. Nous trouvons un échantillon diversifié d’expertise chez nos membres, ce qui nous permet de continuer à nous acquitter de notre mandat : faire connaître une vaste gamme de solutions technologiques issues des secteurs de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire et du stockage de l’énergie.

Brandy Giannetta. Source : CanREA

Nergica : Et quel est votre rôle au sein de cette organisation?

BG : Mon rôle à l’ACER est celui de vice-présidente, Politiques publiques, affaires gouvernementales et réglementaires. Je dirige une équipe d’experts en politiques qui œuvrent dans des régions clés du Canada, notamment les Prairies, l’Ontario, le Québec et le Canada atlantique, ainsi qu’à l’échelle fédérale. Nous collaborons avec les entreprises membres de l’ACER pour définir des positions de principe et nous faire la voix des résultats favorables dans les marchés où les exploitants de réseaux et les services publics exercent leurs activités, ainsi qu’auprès des gouvernements. Il s’agit d’une occasion très dynamique de travailler de concert avec le secteur partout au Canada. Notre équipe d’experts en politiques s’affaire à fournir la proposition de valeur de l’ACER à nos membres au quotidien.

Avant de devenir vice-présidente de l’équipe responsable des politiques, mon travail se concentrait principalement sur l’Ontario. J’ai travaillé à titre de directrice régionale de l’énergie éolienne d’échelle commerciale en Ontario au sein de l’Association canadienne de l’énergie éolienne pendant environ huit ans avant d’occuper mon poste actuel.

Nergica : Selon vous, les objectifs environnementaux de l’Ontario et la façon de les atteindre sont-ils clairs?

BG : Je dirais qu’ils ne sont pas clairs en ce moment. L’un des défis que nous devons relever en Ontario, c’est l’écart entre les priorités politiques du gouvernement fédéral et celles du gouvernement provincial. La cible du Canada qui consiste à atteindre la carboneutralité d’ici 2050 est claire, mais la manière dont l’Ontario aidera le Canada à atteindre cette cible ne l’est pas. La contestation en Cour suprême du régime de tarification du carbone a essentiellement été dirigée par l’Ontario, alors cette décision nous donne bel et bien certaines précisions. Or, une grande partie des activités de production d’électricité en Ontario émettent encore des GES.

L’Ontario a été le premier territoire de compétence au Canada à retirer entièrement le charbon de ses activités de production d’électricité, ce qui est une excellente nouvelle, une grande réalisation. L’Ontario est un chef de file à cet égard, mais elle a encore du travail à faire. Elle a accordé une grande importance à l’électrification de l’économie dans son ensemble et au rôle qu’y jouera le secteur de l’électricité. Mais les décideurs et les exploitants de réseaux de l’Ontario n’ont pas accordé autant d’importance à la façon dont ils alimenteront une économie décarbonisée.

Parc éolien de Ravenswood. Source : Capstone

À l’heure actuelle, l’Ontario s’appuie fortement sur la production d’électricité au moyen de gaz, car la province remet à neuf une grande partie de ses installations nucléaires, dont une importante part — qui représente plus de 3 000 mégawatts d’électricité — sera retirée du réseau dans quelques années; on ne sait pas clairement comment l’exploitant du réseau prévoit combler ce manque à gagner, à part en s’appuyant énormément sur les actifs gaziers. Cette situation est très troublante du point de vue de la nécessité de comprendre les objectifs et les cibles de décarbonisation. L’Ontario n’adapte pas encore son approvisionnement en électricité à l’atteinte de ces cibles ambitieuses.

Il existe quelques pistes de solution pour l’Ontario : nous devons construire plus d’installations d’énergie renouvelable et de stockage de l’énergie dans la province, et devons savoir clairement comment les actifs alimentés au gaz seront traités : par exemple, la tarification du carbone s’appliquera-t-elle à ces actifs?

Il reste une grande incertitude en Ontario relativement à la façon dont la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE) résoudra le problème de la suffisance des ressources. Les besoins futurs en approvisionnement de l’Ontario pourraient être plus élevés que ceux prévus récemment par la SIERE, en particulier si nous tenons compte de l’électrification possible et du retrait des génératrices après l’échéance des contrats.

Les mécanismes d’approvisionnement qui font partie du Cadre de suffisance des ressources (Resource Adequacy Framework ) doivent être souples et mettre l’accent sur l’obtention de plusieurs produits électriques et l’atteinte de divers objectifs, notamment la rentabilité et la réduction des émissions.

Nous avons besoin de précisions sur la poursuite des activités des producteurs d’énergie renouvelable et des installations de stockage d’énergie après l’échéance des contrats, afin d’aider à répondre aux besoins futurs en matière d’approvisionnement. Par ailleurs, nous devons aussi en savoir plus au sujet des objectifs politiques plus généraux pour aider les propriétaires, les exploitants et les prêteurs à prendre des décisions d’investissement éclairées et opportunes. Tant que nous n’aurons pas ces renseignements, une importante incertitude persistera sur les marchés de l’électricité en Ontario en ce qui a trait aux investisseurs.

Nergica : L’Ontario s’appuie fortement sur l’énergie nucléaire et la fermeture (en anglais seulement) de la centrale électrique nucléaire de Pickering est prévue pour le milieu des années 2020. Cette fermeture représente-t-elle une occasion attrayante pour les énergies solaire et éolienne?

BG : Oui, tout à fait — l’énergie éolienne, l’énergie solaire et le stockage de l’énergie ont un immense rôle à jouer en ce moment, et ça restera le cas lorsqu’une grande partie de l’approvisionnement en énergie nucléaire de l’Ontario sera entièrement déconnectée du réseau. Nous devons remplacer cette énergie nucléaire par des énergies renouvelables et par un stockage de l’énergie, qui doivent être rentables. À l’heure actuelle, le plan de l’Ontario — selon ce que nous en comprenons — consiste à activer ses génératrices au gaz et à optimiser ces actifs. Cependant, il y a un coût associé à l’utilisation de ces génératrices; elles ont un grand impact environnemental, et des conséquences défavorables en ce qui a trait aux changements climatiques. Cette solution conduirait à une augmentation de 400 % des émissions produites par le secteur de l’électricité pendant la période de remise à neuf. Ce genre de hausse est du jamais vu de nos jours, au moment où le monde entier se tourne vers la décarbonisation.

Centrale électrique nucléaire de Pickering. Source : Ontario Power Generation

Nous devrions remplacer les centrales nucléaires fermées par des ressources qui sont souples, qui offrent plusieurs services au réseau et qui sont avantageuses pour l’exploitant du réseau et pour les contribuables. Les ressources comme l’énergie éolienne, l’énergie solaire et le stockage de l’énergie en sont des exemples. C’est particulièrement le cas lorsqu’on les combine dans le cadre de projets hybrides. En Ontario, nous sommes en mesure de construire des projets d’énergie éolienne, d’énergie solaire et de stockage assez rapidement — là où ils sont nécessaires — et nous pouvons le faire d’une façon extrêmement rentable.

Si nous souhaitons avoir les solutions sans émission les plus rentables, les plus novatrices et les plus souples pour le réseau, il ne fait aucun doute que l’énergie éolienne, l’énergie solaire et le stockage sont la voie à suivre. Pourquoi ne les construirions-nous pas immédiatement?

À l’échelle du réseau de distribution, l’énergie solaire, en particulier, a une contribution importante à apporter. L’ACER vient tout juste de publier une étude qui démontre comment, si nous continuons d’augmenter de façon exponentielle l’utilisation des panneaux solaires de toitures, nous pourrions réduire les coûts du réseau de centaines de millions de dollars par année en Ontario. En mettant en application une modélisation économique et une modélisation du réseau, nous avons constaté qu’il existe une occasion bien concrète et très attrayante d’utiliser les panneaux solaires photovoltaïques de toitures pour aider tous les contribuables en Ontario. C’est une bonne nouvelle pour tout le monde.

Nergica : Selon vous, quels sont les principaux défis liés à la réduction des GES et à la mise en place des énergies renouvelables en Ontario?

BG : Les premiers stades de l’adoption des énergies renouvelables en Ontario ont découlé de directives politiques qui s’inscrivaient dans le retrait de la production d’électricité à l’aide de charbon. L’Ontario a été un chef de file dans l’adoption des énergies renouvelables, et malheureusement, à titre d’un des pionniers dans ce secteur, elle a aussi dû porter le fardeau des leçons tirées. Comme l’Ontario avait un programme ambitieux, motivé par ces directives politiques, la rapidité du développement a suscité certaines objections. Certaines des collectivités de la province où de nombreuses nouvelles installations éoliennes étaient en cours de construction ont été aux prises avec des enjeux d’acceptabilité sociale. Un autre problème de l’adoption hâtive des énergies renouvelables est que l’Ontario n’a pas été en mesure de profiter des bas prix actuels; l’électricité solaire et l’électricité éolienne coûtent aujourd’hui 90 % et 71 % de moins qu’en 2009, respectivement, et il est prévu que ces prix continuent de diminuer.

Source : Corporative de développement économique de Sault Ste. Marie

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer : « Oui, construisons des installations éoliennes et solaires. Ce sont les options les moins coûteuses pour la production nouvelle d’électricité, et il existe de nombreux autres avantages fantastiques à ces installations. » Nous n’avons pas pu affirmer une telle chose au moment où l’Ontario faisait des investissements énormes dans le secteur de l’électricité pour construire des installations d’énergie renouvelable.

L’un des défis que l’Ontario doit relever, c’est que nous n’avons plus les directives politiques permettant de poursuivre la mise en place de ces technologies, peu importe à quel point elles sont rentables, écologiques et efficaces. Je crois que nous devons encore surmonter certaines des préoccupations d’acceptabilité sociales qui se sont concrétisées il y a dix ou vingt ans, ainsi que communiquer la valeur que ces nouvelles technologies peuvent offrir aujourd’hui en Ontario.

Malheureusement, le marché ontarien de l’électricité est un contexte d’investissement risqué en ce moment, principalement en raison des importantes interférences politiques de la dernière décennie. L’Ontario possède de nombreux actifs uniques qui exercent actuellement leurs activités au sein d’un genre de marché de gros hybride. On y trouve plusieurs facteurs de décision qui ne sont pas toujours arrimés les uns aux autres, ce qui rend le processus plus complexe.

Les défis ne sont pas seulement technologiques, puisque la technologie progresse plus rapidement que le marché. Ils ne sont pas non plus uniquement déterminés par le marché, puisque nous pouvons adapter et concevoir les marchés pour qu’ils soient adaptés à ces technologies. Enfin, ils ne sont pas uniquement liés aux questions politiques; ce sont les électeurs qui ont une incidence sur les décisions politiques, alors ce que les Ontariens souhaitent a également une importance. Aucun de ces défis n’est insurmontable, et lorsque nous attirons l’attention sur les produits et services zéro émission, souples et fiables que l’énergie éolienne, l’énergie solaire et le stockage de l’énergie peuvent offrir en Ontario, nous sommes persuadés que ces ressources auront un rôle à jouer pour façonner l’avenir du secteur de l’électricité.

Nergica : La variation des émissions en Ontario entre 2005 et 2019 a été de -21 %. C’est énorme si nous la comparons à la moyenne de -1 % pour l’ensemble du Canada. Les prévisions pour 2019-2030 en Ontario sont stables, selon le rapport All Hands on Deck de Pembina (en anglais seulement) . Avez-vous une idée de ce qui aurait pu contribuer à une telle diminution des émissions et du plateau que la province pourrait atteindre?

BG : Entre 2005 et 2019, l’Ontario était un exemple mondial de succès en matière de climat. La province construisait d’importantes quantités d’installations d’énergie renouvelable et retirait progressivement le charbon. L’Ontario a été le premier territoire de compétence en Amérique du Nord à retirer le charbon de son secteur de l’électricité. Il s’agissait là d’une tâche considérable, probablement l’un des plus importants efforts individuels de réduction des GES en Amérique du Nord à l’époque. Voilà pourquoi la province a connu une si grande diminution de ses émissions.

Par contre, pendant que l’Ontario construisait des installations d’énergie renouvelable pour remplacer ses installations alimentées au charbon, elle ajoutait aussi du gaz naturel à son réseau. Les émissions produites par le charbon ont donc diminué, mais la province a ajouté des émissions provenant du gaz naturel; même si le gaz est plus efficace du point de vue des émissions que le charbon, ce n’est certainement pas une ressource non émettrice.

Parc éolien de Wolfe Island

 

Pendant cette période, nous avons aussi connu une récession mondiale et l’Ontario avait construit un réseau électrique trop étendu. Bon nombre des actifs de l’Ontario, en particulier ceux alimentés par gaz, sont restés inutilisés pendant un certain temps. Par conséquent, le potentiel d’émissions de ces actifs ne s’est pas concrétisé pendant la période de repli économique.

Lorsque l’économie a repris de la vigueur, l’Ontario n’a pas construit d’autres actifs; elle s’est engagée à remettre à neuf ses installations nucléaires. Voilà pourquoi nous observons un plateau dans les émissions de GES à l’heure actuelle.

Plusieurs tranches nucléaires resteront déconnectées pendant qu’elles sont remises à neuf et l’Ontario s’appuiera fortement sur ces ressources gazières pour combler le manque à gagner. Selon les prévisions de la SIERE, pendant cette période de remise à neuf, l’Ontario pourrait connaître une augmentation allant jusqu’à 400 % de ses émissions de gaz à effet de serre provenant du réseau électrique. La production gazière d’électricité se déroulera donc à capacité presque maximale par moments, en particulier pendant l’été, lorsque la demande est la plus élevée. Les émissions augmenteront, puis finiront par atteindre un certain plateau d’ici 2030, plateau qui se poursuivra les années suivantes au fur et à mesure que les tranches nucléaires seront remises en exploitation.

Nergica : Qu’a fait l’Ontario pour aider les collectivités éloignées des parties nord et nord-ouest de la province à réduire leur dépendance aux génératrices diesel?

BG : Nous connaissons le rôle que les énergies renouvelables peuvent jouer pour aider les collectivités éloignées à cesser d’utiliser le diesel. Le retrait du diesel est essentiel pour ces collectivités sur le plan des coûts, mais, plus important encore, sur le plan de la santé. En étant autonomes en matière de production d’électricité, les collectivités éloignées pourront alimenter leurs écoles, leurs centres de soins de santé, leurs épiceries, où elles pourront réfrigérer des aliments frais de façon plus économique. Pour ces collectivités, il ne s’agit pas seulement de garder les lumières allumées : c’est une question de favoriser un mode de vie plus sain, et les énergies renouvelables peuvent y contribuer de façon importante. Mais l’Ontario n’a pas été à la hauteur.

Parc éolien dans la Première Nation de Henvey Inlet Source : Pattern Energy Group LP.

La province s’est engagée à aider les collectivités à cesser d’utiliser le diesel, mais ne fait pas de mention précise du rôle que les énergies renouvelables devraient jouer. Je crois que le gouvernement fédéral en a fait plus pour permettre aux collectivités éloignées d’adopter les énergies renouvelables, par l’entremise de divers programmes et financements. L’un des défis, plus particulièrement dans le nord de l’Ontario, est l’accès au transport de l’électricité. Ce n’est donc pas seulement une question de construire des projets d’énergie renouvelable et de fournir l’électricité; il s’agit aussi d’innover au moyen de microréseaux et d’applications isolées qui ne sont pas connectées au réseau. Les énergies renouvelables et le stockage de l’énergie s’y prêtent parfaitement.

Dans le monde actuel, où les technologies sont aussi perfectionnées, il existe de meilleures solutions, par exemple des microréseaux qui peuvent fournir une production d’électricité à l’échelle d’une collectivité. Je pense au succès rapide de la mine de diamant de Diavik, un site qui a été alimenté à l’aide d’énergie renouvelable. Cette énergie a aussi été mise à la disposition de la collectivité, qui a ainsi pu profiter d’une électricité produite localement pendant de nombreuses années, même une fois que les activités minières ont pris fin. Les ressources en énergie décentralisées ou les applications de microréseaux sont non seulement plus appropriées, mais aussi plus abordables. Il y a dix ans, le défi, c’était que nous n’avions pas accès à ces solutions. Maintenant, nous avons beaucoup plus de possibilités, grâce à l’échelle, à la souplesse et aux applications possibles lorsqu’on associe le stockage de l’énergie à la production d’énergie renouvelable.

Il existe d’excellentes occasions de collaborer avec les fournisseurs de technologies et les gouvernements aux niveaux local, provincial et fédéral pour aider les collectivités éloignées à devenir autonomes en matière d’énergie.

Les collectivités éloignées peuvent aussi profiter d’occasions d’établir des partenariats avec les entreprises du secteur et les fournisseurs de technologies pour créer leurs propres solutions et faire pression sur les gouvernements pour qu’ils fournissent le financement nécessaire pour y parvenir. Je dirais qu’il ne manque pas d’options; nous devons simplement travailler tous ensemble pour rendre le contexte d’investissement moins risqué.

Nergica : Y a-t-il beaucoup d’efforts et d’argent investis en recherche et en innovation en Ontario?

BG : Cette réponse comporte deux volets : du point de vue gouvernemental, pas tellement, mais à titre de base d’attache pour bon nombre de ces entreprises technologiques, absolument. L’Ontario compte un nombre considérable d’entreprises qui travaillent sur des technologies de réponse à la demande, sur des applications de stockage et d’énergie solaire, sur des applications commerciales « derrière le compteur » et sur des solutions permettant de réduire les coûts. Le tarif industriel de l’électricité en Ontario est très élevé, et de nombreux fournisseurs de technologies de réponse à la demande cherchent à tirer profit des périodes de pointe de consommation. De plus, bon nombre de fournisseurs de technologies contribuent à fournir des solutions permettant de profiter des périodes de pointe et de reporter la consommation (load shifting) . On trouve donc un important portail d’innovation formé de fournisseurs de technologies en Ontario.

Projet solaire de Kingston. Source : CIMA+

Malheureusement, ces intervenants trouvent des occasions encore plus profitables qui leur permettent d’accéder à des marchés internationaux dans les territoires de compétence voisins, puisque le contexte réglementaire de l’Ontario rend la mise en œuvre de ces technologies très difficile et qu’il existe toujours d’importants obstacles à l’adoption de ces technologies dans la province. Il reste énormément de travail à faire dans ce domaine. L’une des priorités sur lesquelles l’ACER se concentre est de tenter d’ouvrir des marchés pour ces technologies, afin qu’elles offrent des solutions — qu’il s’agisse de solutions de diminution des coûts, de gestion de la demande, de réduction des émissions ou d’une combinaison de tous ces aspects.

L’Ontario présente de nombreuses occasions attrayantes, particulièrement en raison de la taille de l’économie et du secteur de l’électricité dans la province, mais il est nécessaire de lutter contre les obstacles réglementaires. Et il s’agit là d’un lent processus. Voilà ce que je fais — c’est ce qui m’empêche de dormir la nuit et ce qui me motive à me lever tous les matins — veiller à ouvrir ces marchés, à la fois en Ontario et dans le reste du Canada.

Les énergies renouvelables ne sont pas un secteur naissant en Ontario et nous comptons de nombreux excellents fournisseurs d’innovations et de technologies. Je sais donc que nous pouvons y arriver; il nous suffit d’accélérer le rythme du changement dans la province.

 

Cette entrevue a été réalisée dans le cadre d’une série de portraits régionaux des energies renouvelables au Canada. Pour entendre l’avis d’autres experts et acteurs de la transition énergétique, soyez des nôtres pour le deuxième Symposium Transition Solutions en mars 2022. Cet événement pancanadien consacré aux innovations technologiques, sociales et politiques nécessaires à la mise en œuvre des énergies renouvelables au Canada et à l’avancement de la transition énergétique.

Autre publication de la série:

Johanne Whitmore, chercheuse principale à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal

Dr Michael Ross, président du conseil de recherches industrielles service d’innovation en matière d’énergie du nord à Yukon University

Dr Amy Hsiao,  professeure agrégée à la faculté d’ingénierie de la conception durable de l’UPEI et membre du conseil d’administration de WEICan

D’autres à paraitre bientôt!

 

Auteur(s) : Alexandra Gellé